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Interview d'Adrian Quesada (french version)



Adrian Quesada The Echocentrics
Interview d'Adrian Quesada
(Interview par Nicolas Ragonneau - avril 2011)

Rencontre avec Adrian Quesada, un des guitaristes les plus intéressants de la scène funk afro/latino pour Grupo Fantasma, Ocote Soul Sounds et Brownout, alors que paraît son nouveau disque sous le nom mystérieux de The Echocentrics. Nous lui consacrons également un mix exclusif, à télécharger ici, en attendant le mix qu'Adrian a concocté spécialement pour la série World People de Paris DJs.

Adrian Quesada by Jean Saint Jean Adrian Quesada - photo by Jean Saint Jean

01. Comment as-tu commencé la musique?
Je suis entiché de musique depuis toujours. J'étais un enfant unique, alors j'avais beaucoup de temps pour moi, que j'utilisais à dessiner et à écouter de la musique toute la journée. J'étais devant ma télévision pour le tout premier programme de MTV, j'ai assisté au lancement de la fusée... J'ai grandi dans une ville relativement petite, alors j'ai pu me plonger dans tout un monde musical, et plus particulièrement le hip hop. Mon père a essayé de me faire donner des leçons de piano vers l'âge de 12 ans, mais je suis passé à la guitare à 13 ans et c'est mon oncle qui payait mes cours.

02. Avais-tu des guitar heroes quand tu étais adolescent?
Hendrix et Santana, comme tout le monde, mais pour être tout à fait franc, j'avais une aversion pour les guitaristes au jeu racoleur et plein de solos virtuoses. Je préférais les compos plus soul et rythmées, peut-être à cause des samples que j'entendais dans mes morceaux de hip hop favoris.

03. Est-ce que Sunshadows est un album solo d'Adrian Quesada?
De tout ce que j'ai fait, cet album est la chose la plus proche d'un album solo, mais ce n'en est pas un à 100%. J'ai écrit une grande partie de ce disque il y a des années, j'ai désormais 40 morceaux, mais c'est vraiment avec Tita Lima et Natalia Clavier (les chanteuses de l'album, NDLR) que le projet s'est concrétisé. Je savais que je voulais faire une soul languide aux accents pysché, mais je n'aurais pas pu achever cela seul, elles ont pu ainsi assembler tous les composants.

04. D'où vient le nom "Echocentrics"?
Le nom à l'origine était "Los Electrics", mais la plupart de la musique que je fais est rangée dans la catégorie "latin", alors je voulais éviter "los 'quelque chose'". Je voulais que cela évoque la réverbération à ressort [sur la réverbération à ressort, lire l'article de Wikipedia] , la chambre d'écho ou quelque chose qui rappelle le psychédélique et le mot Echocentrics m'est venu à l'esprit. J'ai été surpris qu'à notre époque un nom aussi simple soit encore disponible. Je n'avais pas envie de devoir appeler le projet "Lovelorn Tiger Sits a Tree" ou un nom à la con de ce genre.

The Echocentrics Sunshadows
The Echocentrics - Sunshadows - plus d'infos

05. Parmi les influences du disque, tu évoques Ennio Morricone. Tu as une B.O.F. particulière en tête?
C'est difficile d'en choisir une en particulier, il y en a tant et je ne suis pas un spécialiste mais comme ça, à brûle-pourpoint, j'ai toujours aimé "Il Gatto a Nove Code" (Le chat à neuf queues de Dario Argento, NDLR), ça fait peur et c'est bizarre à la fois, d'une manière subtile.

06. Tu cites aussi Serge Gainsbourg. Quel est ton album préféré?
Probablement "L'Histoire de Melody Nelson"... j'aime ses arrangements luxuriants et toute son attitude qui lui donne ce côté si moderne. Tout est là !

07. Dans Sunshadows, il est assez facile de reconnaître ton style de guitar, à la fois fluide et humide. Comment le décrirais-tu?
Je dirais qu'il est rythmique. J'aime quand la guitare joue le rôle d'un instrument rythmique et qu'il y ait assez d'espace pour pour enregistrer 3 ou 4 parties qui fonctionnent ensemble sans se polluer, et c'est ce que je préfère dans la musique africaine. Les guitaristes aiment surjouer, j'ai tendance à sous-jouer. D'une certaine manière je joue de la guitare comme je jouerais de la batterie.

08. On décrit ton style comme 'psychédélique'. Es-tu d'accord avec ça, et quelle est ta definition de la musique psychédélique?
Je pense que c'est un peu psychédélique. Il y a bien plus psychédélique que cela évidemment, surtout dans le genre psychotrope, mais je pense que ce disque-ci est légèrement psychédélique... un maximum de réverb' à ressort permet habituellement d'ajouter cette touche.

09. Tout l'album pourrait faire la bande-son d'un film de Sam Peckinpah, de la Soif du mal d'Orson Welles ou tout autre film se passant la frontière américano-mexicaine. Est-ce tu penses qu'il existe un style de musique typique de la frontière?
C'est dur de parler d'un style 'frontière', c'est trop vague, ce que cela peut inspirer à une personne peut être complètement différent pour une autre. Par exemple, j'ai grandi dans une ville entre le Texas et le Mexique, et ce qu'est la frontière pour moi est sans doute totalement différent pour quelqu'un qui habite plus à l'Ouest. En généralisant, on pourrait évoquer une atmosphère de désert texan et d'errance désolée.

Adrian_Quesada_The_Echocentrics.jpg

10. Il n'y a que des chanteuses sur le disque. Etait-ce voulu?
Quand j'ai commencé à écrire ces chansons, je ne savais pas trop qui chanterait – tout aussi bien un homme qu'une femme. Une fois que j'ai commencé à travailler avec Natalia et Tita je me suis dit que ce serait plus cohérent de n'avoir que des voix féminines.

11. J'ai découvert Tita Lima il y a cinq ans sur l'album d'Apollo Nove. Comment en es-tu venu à travailler avec elle?
Mat Whitington, un de mes amis, m'a parlé d'elle à l'époque où j'ai commencé à écrire ces chansons. On a échangé par mail, on est resté en contact, elle est venue à Austin il y a des années, et nous n'avons pas cessé de travailler ensemble depuis.

12. Parle-moi un peu du nouveau Ocote Soul Sounds. Quand sortira-t-il et quelle sera la couleur de ce disque?
Le nouveau Ocote devrait sortir fin mai-début juin de cette année (le 31 mai, NDR). Il s'appelle Taurus et il est produit par Eric Hilton. Nous l'avons enregistré en deux semaines l'an dernier entre Austin et Washington DC. Je dirais que cet album est le plus cohérent que nous ayons enregistré, et on y retrouve nos collaborateurs habituels : Chico Mann, Will Rast, entre autres. Il y aura moins d'instrumentaux sur ce disque, et c'est le premier pour lequel on fait appel à un producteur extérieur. C'est bien de pouvoir compter sur une paire d'oreilles supplémentaire.

13. Austin est devenu un endroit très important pour la musique avec des groupes comme Ocote, Grupo Fantasma, Brownout, Black Joe Lewis, Hard Proof, Iron and Wine et les Black Angels pour en nommer quelques-uns. Comment expliques-tu ce phénomène?
Le talent est là, les musiciens et les groupes font partie d'une communauté avec une esthétique très authentique. La seule différence entre Austin et des publics de LA ou NYC, c'est qu'il y a dans ces grosses villes une plus grosses concentration d'infrastructures et de média, qui offrent davantage d'oppportunités. J'aime voyager et visiter de plus grosses villes dans le monde, mais je me sens 100% texan et j'aime vivre à Austin. La raison pour laquelle la ville a si bonne réputation, c'est que les groupes merdiques ne font pas carrière ici, car il y a des milliers de groupes qui jouent tous les soirs. Alors tu as intérêt à avoir un bon groupe de scène, tu as intérêt à savoir jouer, sinon les gens vont te faire sentir très vite que tu n'es pas au niveau.

14. Tu as joué avec Prince. Je sais que tu as dû parler de ça des centaines de fois, mais tu peux quand même nous raconter une anecdote à ce sujet?
Nous (Grupo Fantasma, NDR) étions le groupe qui jouait tous les jeudis soir à son club de Las Vegas, le 3121 (désormais fermé). A partir de là il nous a invités à jouer avec lui à quelques fêtes à LA. On l'a aussi accompagné en faisant sa première partie à l'O2 Arena de Londres, nous avons été son backing band à une fête du Super Bowl, et nous avons répété avec lui pour préparer le festival de Coachella et le Tonight Show. J'ai le sentiment d'avoir beaucoup muri comme musicien en étant simplement dans la même pièce que lui. Nous n'avons pas joué avec lui depuis plusieurs années, mais quand je réfléchis à cette période, je me dis que nous avons vraiment eu beaucoup de chance de pouvoir le côtoyer. Il a toujours cru en nous et il nous a vraiment beaucoup aidés. Une des choses que je tiens à signaler, c'est que les gens n'imaginent pas à quel point il est drôle et déconneur. Quand il s'agit de bien se marrer, c'est difficile de trouver mieux que Prince.

15. Que fais-tu en dehors de la musique?
Je passe du temps avec ma femme et mes enfants. Je n'ai pas vraiment le temps de faire autre chose. Autrefois je faisais du basket, du vélo, je dessinais... mais c'est déjà dur de trouver du temps désormais pour pratiquer mes instruments !

Interview réalisée par Nicolas Ragonneau au printemps 2011.

Adrian Quesada Links : echocentrics.blogspot.com | grupofantasma.com | brownoutmusic.com | levelonestudiosatx.com | soundcloud.com/level-one-studios | myspace.com/adrianquesada | facebook.com/adrian.quesada1 | twitter.com/levelonestudios | twitter.com/adrianmquesada
Nicolas Ragonneau

Nicolas Ragonneau

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