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Entretien avec Skerik (version française)



Skerik
Skerik
(Interview par Nicolas Ragonneau, pour Paris DJs - Avril 2012)

La discographie de Skerik est à peu près aussi facile à suivre que la trace d'un tigre dans la neige fondue... ce n'est même pas la peine d'essayer, et il n'existe pas à ce jour une liste vraiment exhaustive de tout ce qu'il a pu accomplir. Né à Seattle, ce saxophoniste indomptable a joué sur plus de 100 disques et de ce point de vue, on peut seulement le comparer à John Zorn ou Mike Patton. Il partage avec ce dernier une prédilection pour l'expérimentation noisy et les facéties provoquantes. Skerik (alias Eric Walton, alias El Guzano, alias Nalgas Sin Carne) est à l'aise dans tous les genres musicaux référencés sur la planète Terre, du jazz -évidemment- à la pop psychédélique, du doom metal au post-punk, de l'avant-groove aux brass bands façon Nouvelle-orléans. Parmi ses groupes et projets, on peut citer le récent Skerik's Bandalabra (dont le très bon Live At The Royal Room vient de sortir sur le label Royal Potato Family), Skerik's Syncopated Tainted Septet, Critters Buggin', Tuatara, Garage à Trois, Ponga, Crack Sabbath, Midnite Disturbers, The Dead Kenny Gs (dont le nouvel EP Gorelick - pas vraiment recommandé pour les migraines - vient aussi de sortir chez Royal Potato Family)... sans parler de la myriade d'apparitions et de contributions studio ou live. Dès qu'un bon jam se prépare, Skerik n'est jamais loin. Il apporte son humour très particulier et son énergie unique à chacune de ses performances. L'homme de Seattle est passé maître dans l'art des effets pour déformer le son du saxophone, le rendre plus puissant comme une guitare avec plein de distortions ou un clavier vintage et groovy (il s'inscrit dans la grande tradition des saxophonics initiée par Rashaan Roland Kirk, qu'il ne cesse de pousser toujours plus loin). Plutôt culte outre-Atlantique, Skerik reste à découvrir en Europe, à Londres ou à Paris - deux capitales dans lesquelles il a vécu mais n'a jamais joué. Cela fait longtemps que Paris DJs voulait faire cette interview, qui sera accompagnée dès samedi 14 avril d'un mix exclusif consacré au grand saxophoniste.

Skerik
Skerik
(Interview de Nicolas Ragonneau, pour Paris DJs - Avril 2012)

01.Est-ce que Skerik est un mot forgé en assemblant 'Scary' et 'Erik'?

Le nom qu'on m'a donné était Serge Gainsbourg, mais ma famille d'accueil ne l'aimait pas alors il l'ont changé en Skerik.

02. Le sax est ton instrument principal, mais tu joues aussi des claviers et de la batterie. Est-ce qu'il y a eu un moment où tu as dû choisir entre tous ces instruments?
J'ai été élevé dans un sous-sol sans fenêtre. On me disait régulièrement ce que je devais faire. Le sax était le seul instrument dont on m'autorisait à jouer jusqu'à ce que qu'on vienne me délivrer.

03.On dirait que Skerik a deux visages. Le premier est un sax traditionnel avec un son jazz "classique". Le second est sauvage, free et assez démoniaque. Tu te retrouves dans cette vision manichéenne?
Il est important de s'embrouiller et d'embrouiller les autres aussi souvent que possible. La diversité fait tout le sel de l'existence.

04. Tu as joué sur plus de 100 disques, tu es impliqué dans de nombreux projets. Tous sont un peu tes enfants... tu arrives à leur donner la même affection?
Oui! je ne les revisite pas très souvent, mais quand un truc comme Critters Buggin se pointe, je me sens en forme. Je suis content que nous puissions le faire. On va enregistrer de nouveaux titres ce printemps.

05. Comme tu es dans plein de projets, tu rencontres beaucoup de gens. En fait, tu es un animal très sociable!
Oui, je pense que c'est vrai. Mon père est chasseur de têtes, alors c'est dans mes veines. J'aime collaborer avec autant de personnes que possible, c'est ma Sorbonne à moi!

06. Qu'est-ce que le punk ou être punk aujourd'hui? Qu'est-ce que ça signifie pour toi sur le plan idéologique et musical?
Nous sommes influencés par le punk-rock des Dead Kennedy's, Minutemen, Mike Watt, Bad Brains, Sun City Girls etc., alors on cherche quelque chose qui soit aussi puissant sur le plan musical que sur le plan politique et social. On ne voit pas trop ça aujourd'hui, mais des comiques comme Chris Rock, Patton Oswalt, David Cross, Jon Stewart, Stephen Colbert (qui doivent tous quelque chose au grand Bill Hicks) se sont emparés de la critique social, et ce sont eux qui nous inspirent désormais.

07. Je n'aimerais pas être ton assistant ou la personne qui s'occupe de ton agenda. Comment tu trouves l'énergie pour faire tout ça? Y a-t-il un secret ou un mode de vie particuliers derrière tout ça?
Si je ne mets pas tout ce que je dois faire sur papier, je suis foutu. C'est aussi simple que cela en fait, il suffit de l'écrire dans le calendrier. Mon énergie est dictée par la survie, si je ne bosse pas, ma fille n'a rien à manger, et j'aime travailler. Mais je ne suis pas riche, tous les mois c'est dur et je vis chichement!

08. Parlons un peu de ta contribution aux saxophonics. Avec toi, le sax est devenu une guitare avec plein de distortions, un claviers groovy et noisy...
La nécessité est mère de l'invention. Je devais sonner fort quand je jouais avec certains groupes de rock. Les effets m'ont permis d'arriver à ça. Donc j'ai étudié les effets comme j'aurais bosser n'importe quel autre élément. J'ai appris beaucoup de gens géniaux, des ingés son, etc. Pareil pour le son de claviers ou autres, parfois je veux jouer une partie rythmique qui n'envahit pas tout. Je veux sonner comme Keefus Ciancia et Bernie Worrell, comme Eddie Harris et Albert Ayler!

09. Tu crois qu'on peut encore inventer de nouveaux sons au saxophone?
Les possibilités acoustiques de l'instrument n'ont pas encore été épuisées. Rashaan Roland Kirk a ouvert une voie, maintenant Colin Stetson réussit quelque chose de différent et de génial avec la respiration circulaire, j'ai hâte de voir ce qu'il va faire dans les mois à venir.

10. Tu as vécu en Europe, à Paris et à Londres. Qu'est-ce que tu as retenu de cette expérience?
Ecoute, un des enseignements majeurs et non recherchés de ce voyage m'a permis de comprendre d'où je venais. J'ai vu les USA d'une façon totalement différente. J'ai appris beaucoup. Il y a évidemment de nouvelles cultures que tu découvres. J'ai eu la chance immense de pouvoir travailler avec des musiciens africains en Europe, et je continue à apprendre de cette expérience!

11. Est-ce que les musiciens africains ont influencé directement la musique que tu fais?
Beaucoup, j'ai bâti tout un vocabulaire rythmique à partir de ces expériences. Le rythme est sans limites, et on l'utilise en le combinant avec d'autres idées. C'est vraiment ce que j'essaie de faire avec mon nouveau groupe BANDALABRA.



12. Justement, parle-nous un peu de ce projet.
Bandalabra est centré sur le rythme, et plus spécialement les rythmes dansants ou liés à la danse. J'essaie de construire un vocabulaire pour le saxophone que je pourrais utiliser comme un un instrument rythmique aussi bien que mélodique.

13. Il y a aussi le nouveau Dead Kenny Gs, un disque plutôt surprenant et très différents des albums précédents.
C'est un disque plus brut, on voulait un son plus garage/punk. Je joue de la guitare bien lourde sur un morceau, il ya beaucoup de parties chantés, un truc de fous. Ce sont des morceaux qu'on jouait seulement live, alors c'est bien de les avoir enregistrées désormais.

14. L'été dernier, tu as joué quelques concerts avec Adam Deitch et John Medeski. Un disque est prévu. Qu'est-ce qu'on peut en attendre? Last summer you played with Adam Deitch and John Medeski. An album comes soon. What can we expect?
On ne saviat pas trop ce qu'on voulait faire, alors on a commencé à jouer en studio et c'est venu comme ça et on lui a donné le nom de 'dark wave'. Je pense que ça va vraiment être trippy, mais fondé sur de gros beats. On commence la post-production ces jours-ci.



15. Ton dernier mot?
Écoutez John Coltrane, Jimi Hendrix, Dead Kennedy's, Mr. Bungle, Rahsaan Roland Kirk, Messiaen, Grisey, Eyvind Kang.

Liens :
Skerik : official | bandcamp | discogs | facebook | myspace | parisdjs | soundcloud | twitter | wikipedia | youtube
Skerik's Bandalabra (new record 'Live At The Royal Room' dropped marched 13 on Royal Potato Family records) : facebook | kickstarter | myspace | ragman | soundcloud
The Dead Kenny G's : official | facebook | myspace
Garage à Trois : official |archive | facebook | myspace | parisdjs | soundcloud | wikipedia

Mile Marker: Garage A Trois by StealThisTrack

Beast Crusher | Skerik's Bandalabra by Royal Potato Family

Charlie Don't Like It | Skerik's Bandalabra by Royal Potato Family
Nicolas Ragonneau

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